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ASSEMBLEE NATIONALE - 2e lecture
L'avis bienvenu de Monsieur François
LOOS, 12 juin 2001
Monsieur,
j'ai bien pris note de votre message. Vous trouverez ci-joint
copie d'un courrier que j'ai fait à ce sujet.
François LOOS
Député du Bas-Rhin Conseiller Régional
Wissembourg, le 12 Juin 2001
N.Réf. FL/AU
Madame,
vous avez bien voulu me faire part de votre inquiétude
face aux dispositions relatives à la réglementation
du commerce et de la détention des armes.
Je comprends le malaise suscité par l'attitude du Gouvernement
et de sa majorité à l'encontre des chasseurs.
Les chasseurs et les tireurs sportifs, soumis à un cadre
juridique déjà très contraignant et sans cesse
modifié, ont aujourd'hui le sentiment d'être pris comme
boucs-émissaires d'une insécurité dont ils
ne sont aucunement responsables.
Il faut rappeler que la réglementation du commerce et de
la détention des armes n'a cessé d'être modifiée
dans l'urgence - 20 décrets en 20 ans - au rythme le plus
souvent des polémiques et de l'émotion suscitées
par un fait divers.
Or, la seule conséquence de ces changements permanents
de réglementation, sans aucun effet sur l'efficacité
de la lutte contre l'insécurité, comme en témoignent
les dernières statistiques, est de plonger dans la plus grande
insécurité juridique les personnes qui détiennent
des armes légalement et sans aucune intention malhonnête.
C'est pourquoi, je me suis battu avec mes collèges du Groupe
UDF, pour que ce projet de loi, bâti à la hâte,
par juxtaposition de mesurettes hétéroclites, ne conduise
à compliquer encore davantage la pratique de la chasse et
l'exercice du tir sportif d'une manière aussi disproportionnée
que totalement inefficace au regard de l'amélioration de
la " sécurité quotidienne".
L'objectif affiché par le Gouvernement est de combattre
la prolifération des armes à feu, présenté
comme un facteur d'insécurité. Or, alors que seule
la circulation des armes clandestines constitue une réelle
menace pour la sécurité, ce sont les chasseurs, les
tireurs sportifs et les collectionneurs, déjà très
contrôlés, qui risquent de faire, seuls, les frais
de dispositions auxquelles les trafics illégaux parviendront
toujours à échapper.
C'est pourquoi plusieurs amendements ont été défendus
en séance publique par mes collègues députés
concernant notamment, d'une part, l'interdiction des ventes par
correspondances (VPC), à distance et directe entre particuliers
et, d'autre part, l'extension des mesures de sécurisation.
Le projet de loi initial prévoyait d'interdire la VPC,
la vente à distance et directe, des armes, des munitions
et de leurs éléments (article 2). selon l'exposé
des motifs, il s'agirait ainsi de s'assurer que toutes les transactions
respectent les conditions légales.
Or, le cadre juridique en vigueur impose d'ores et déjà
aux VPC de respecter les mêmes exigences réglementaires
que les ventes en armurerie (vérification de l'âge
requis et titres exigés). Autrement dit, le risque de trafic
illégal d'armes n'est pas plus grand selon ce mode de distribution.
En revanche, une telle interdiction porterait un réel préjudice
aux chasseurs et tireurs sportifs, qui auraient les plus grandes
difficultés à acquérir les armes et munitions
de leur choix, compte tenu de la répartition inégale
sur le territoire français et de la spécialisation
des commerces d'armes.
De plus, la disposition pourrait se révéler contre-productive
en termes de sécurité publique, dans la mesure où
tireurs et chasseurs seraient ainsi incités à s'approvisionner
en masse en munitions quand ils en auront l'occasion, et donc à
constituer des stocks aussi substantiels que dispersés, aggravant
les risques d'accident ou en cas de vol.
Elle serait enfin largement inapplicable et inefficace dans le
contexte communautaire, avec toutes les distorsions de concurrence
qui en résulteraient.
Le Gouvernement et sa majorité ont opposé une fin
de non-recevoir à tous les amendements défendus par
les députés UDF, qu'il s'agisse de la suppression
de l'interdiction mais aussi des amendements de repli (exception
pour les chasseurs et tireurs sportifs dès lors qu'ils présentent
toutes les garanties concernant leur identité et leur affiliation
à des fédérations, ou exception pour les munitions
et leurs éléments).
La bataille parlementaire menée par l'opposition a néanmoins
conduit à aménager le dispositif. Selon l'amendement
du rapporteur adopté par l'Assemblée Nationale, les
VPC, à distance ou directe entre particuliers des armes,
des munitions et de leurs éléments reste possible,
mais leur livraison ne pourra intervenir que dans les locaux sécurisés
et autorisés selon les nouvelles conditions prévues
par le projet de loi.
Le Gouvernement s'en est remis à la sagesse de l'Assemblée,
tout en précisant que les titres requis devront être
présentés à l'armurier auprès duquel
sera pris livraison du matériel.
Par ailleurs, le projet de loi initiale proposait d'étendre
les règles de sécurisation pour la conservation à
toutes les catégories d'armes et de munitions et à
tous les détenteurs, professionnels ou particuliers (article
3). Mais il restait totalement muet sur les modalités de
sécurisation, renvoyées à un décret
en Conseil d'Etat.
La volonté de sensibiliser tous les détenteurs d'armes,
quelles qu'elles soient, à la nécessité de
la sécurisation est légitime, sous réserve
de ne pas imposer des contraintes disproportionnées, aussi
inutiles et coûteuses que difficiles à contrôler.
Aujourd'hui, les chasseurs et tireurs sportifs détenant
des armes de première et quatrième catégorie,
soumises à autorisation, doivent déjà prouver
qu'ils possèdent un coffre-fort où leur matériel
doit être entreposé (décret du 16 décembre
1998).
Or, les armes de chasse et de tir de cinquième et de septième
catégories ne présentent pas de risques importants
pour l'ordre public en cas de vol et ne justifient donc pas d'imposer
l'usage d'un coffre-fort, très coûteux s'agissant d'armes
d'épaule.
Des mécanismes de verrouillage ou le démontage de
certaines parties de l'arme suffisent à interdire l'utilisation
de ces armes par toute personne non autorisée. Il importe
donc de préciser dans la loi elle-même le principe
de proportionnalité des mesures de sécurisation à
la nature et à la dangerosité des armes.
A cet égard, les arguments et l'amendement déposé
par mon Groupe ont heureusement été entendus. L'Assemblée
Nationale a, en effet, adopté un amendement du rapporteur,
qui précise que les armes, les munitions et leurs éléments
des cinquième et septième catégories doivent
être conservées " hors d'état de fonctionner
immédiatement", comme le proposait l'amendement UDF.
Le Ministre, qui s'en est remis à la sagesse de l'Assemblée
Nationale sur l'amendement, a été amené à
préciser en séance publique l'économie générale
du décret d'application, qui tendra à installer des
verrous de pontet et non des armoires fortes.
La bataille parlementaire menée par l'opposition a ainsi
permis d'atténuer, en partie, la rigueur disproportionnée
du volet relatif à la réglementation des armes.
Il demeure que ce projet de loi témoigne autant du manque
de compréhension du Gouvernement et de sa majorité
à l'égard des chasseurs et tireurs sportifs que de
leur incapacité à répondre aux vrais enjeux
de la sécurité quotidienne
C'est pourquoi, l'ensemble de l'opposition a voté contre
un projet de loi qui se résume à un trompe l'oeil
dangereux, dès lors que son titre, aussi ambitieux que démagogique,
fait planer des espoirs sans se donner les moyens d'y répondre.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Madame,
à l'expression de mes sentiments distingués.
François LOOS
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