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LA DERNIERE FARCE.

La culture américaine des armes serait basée sur un mythe ! Un professeur de l'université d'Emory à Atlanta, Georgie, Michael Bellesiles1, a tenté récemment de réviser l'histoire en prétendant que peu de personnes détenaient des armes à feu lors de la rédaction de la Constitution, approuvée par le Congrès le 4 juillet 1776. Appuyant son travail sur des interprétations d'archives dans les domaines déterminés, il argumente sur le fait que dans le dernier quart du XVIII¡ siècle2, les Américains étaient essentiellement des commerçants et des cultivateurs, il en déduit qu'ils ne possédaient que peu d'armes à feu et que celles-ci étaient le plus souvent défectueuses. Considérant le décompte macabre des pertes anglaises, trop faibles à son goût, lors des escarmouches de Lexington et de Concord, il en déduit que les combattants de l'Indépendance ne savaient pas se servir de fusils. Il conclut que, puisque peu de gens détenaient des armes à feu, le plus souvent le plus souventl en mauvais état et leurs propriétaires fort maladroits, les pères fondateurs ne pouvaient pas concevoir le Deuxième Amendement comme un droit individuel. Et Michael Bellesiles renchérit en contredisant un membre de l'actuelle Cour Suprême, Antonin Scalia, pour qui les citoyens ont un droit protégé constitutionnellement de posséder des armes automatiques. La théorie de Bellesiles consiste à affirmer que la culture américaine des armes est basée sur un mythe, ce ne serait que dans les années 1830, quand Samuel Colt a amélioré le revolver, que la possession d'armes s'est banalisée. Le pionnier devant chasser pour manger, armé pour défendre sa famille et ses biens contre les maraudeurs, se tenant "épaule contre épaule" avec ses voisins également armés prêt à résister à toutes oppressions et à défendre son mode de vie et sa liberté, serait donc, d'après Bellesiles, une légende. Face à cette surprenante révélation notre admiration pour Georges Washington et pour les quelques officiers américains et européens qui le secondaient ne peut être que renforcée. Comment ont ils pu vaincre, avec une bande d'incapables, mal armés et divisés, une armée professionnelle bien équipée et aguérie3? La réalité historique relativise cette nouvelle fable visant à porter atteinte au 2ème amendement4. Les déclarations de contemporains comme le célèbre patriote de la Révolution, Charles Lee (1732-1782), affirme <<Les indépendantistes (yeomanry) d'Amérique en plus d'autres avantages par rapport à la paysannerie d'autres pays, sont accoutumés dès leur première enfance aux armes à feu; ils sont experts dans leur usage. Tandis que les basses et moyennes classes d'Angleterre sont, par la tyrannie de certaines lois, presque autant ignorant de l'utilisation d'un mousquet, qu'ils le sont d'une ancienne Catapulte."5 Ce que confirme John Zubly dans un pamphlet de la même année intitulé << Le Droit de la Grande Bretagne de Taxer. . . Par un suisse (1775) >>. Sans entrer dans un débat contradictoire sur les effectifs annoncés par Bellesiles5, nous pouvons faire remarquer que:
    • Lexington et Concord étaient des bourgades de quelques centaines d'habitants. Avoir pu rassembler, dans la nuit, une "milice" de plusieurs centaines de fusils parmi ces villageois décrits comme mal armés et maladroits relève du miracle.
    • Si l'engagement de Lexington ne mérite d'être mentionné que parce que c'est dans cette action que fut tiré " le premier coup de feu dont la détonation retentit dans le monde entier", les Anglais n'eurent qu'un seul blessé. Le combat du North Bridge, sur la rivière Concord, fut plus important. Et les quelques centaines d'hommes hors de combat de part et d'autres en atteste le sérieux.5
    • Au niveau du tir les rifles américains étaient supérieurs aux mousquets anglais à âme lisse6 et les yeomanry savaient s'en servir, comme les tuniques rouges ont pu le constater à Bunker Hill (juin 1775 ), Trenton ( 26 décembre 1776 ), Princeton ( 3 janvier 1777 ) ou à Saratoga ( octobre 1777).
Nous pouvons cependant reconnaître que les yeomanry étaient souvent armés de manière disparate. Même si les premiers colons américains possédaient plus d'armes à feu que les européens de même conditions sociales, comme tous les objets manufacturés de cette période préindustrielle, les armes étaient rares et chères. Leur diffusion dans la population civile n'a été possible que grâce à l'industrialisation dans la seconde moitié du XIXe. L'invention de Samuel Colt a bien "rendu les hommes égaux", mais les premiers modèles étaient toujours concurrencés par les poivrières et produits en très petites quantités7. Il est également avéré que les armes militaires équipées de baïonnettes et les canons étaient en nombre insuffisant au début de la Révolution. Aussi les prétentions de Michael Bellesiles semblent erronées et frivoles. Le R.K.B.A.4 énoncé par le second amendement du Bill of Rights est manifestement un droit individuel9. Les pères fondateurs de la République américaine ont manifestement non seulement reconnu que " le droit de posséder des armes est une des libertés fondamentales de l'individu. Consubstantiel à l'humanité"9, mais ont précisé que ces armes pouvaient et devaient être des armes militaires propres à la constitution de milices. .L'opinion de l'honorable juge Antonin Scalia, membre de l'actuelle Cour Suprême US, est donc conforme à la lettre et à l'esprit de la volonté des pères fondateurs quand il affirme que les citoyens ont un droit constitutionnel protégé de posséder des armes automatiques, les seules pouvant être actuellement qualifiées d'armes de guerre10, susceptibles d'équiper une milice bien organisée. Nous ne saurions trop conseiller à monsieur Bellesiles d'aller voir " Patriot " avec Mel Gibson, il aura au moins une idée sur l'armement de l'époque!

 

1 Michael Bellesiles dans Arming America.

2 La guerre d'Indépendance commence le 18 avril 1775 avec le premier heurt à Lexington et à Concord et s'achève par le Traité de Versailles le 3 septembre 1783, reconnaissant l'indépendance des Etats-Unis. Un armistice avait été conclu le 30 novembre 1782.

3 Les troupes anglaises étaient notamment composées de professionnels et d'officiers ayant participé à la guerre de sept ans.

4 << Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.>> C'est le célèbre R.B.K.A. " Right to Bear and Keep Arms "

5 Cité par Stephen P. Halbrook dans, A Right to Bear Arms (Greenwood Press 1989), 11

6 Le fusil Ferguson à chargement par la culasse avec obturateur à vis n'étaient disponible qu'en faible quantité. Sa cadence de tir était de 6 coups à la minute, contre 3 ou 4 coups pour le mousquet anglais et 1 ou 2 coups pour le "Pennsylvania" américain.

7 Le premier revolver Colt le célèbre Paterson ne fut produit qu'à 2 850 exemplaires, tous modèles confondus. Le modèle Walker fut fabriqué à environ 1 500 exemplaires et les Dragoon à moins de 25 000 exemplaires. ( source : COLT Une légende américaine par R.L. Wilson )

8 L'expression " right of the people" est utilisée dans les 1er, 2ème et 4ème Amendement qui dispose "The right of the people to be secure in their persons, houses, papers, and effects" ( Le droit du peuple d'être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets ) ne peut pas être compris comme un droit collectif, même avec la plus mauvaise volonté du monde. La Cour Suprême a d'ailleurs confirmée que les 10 amendements du Bill of Rights sont des droits individuels. Après tout le Bill of Right,s entré en vigueur le 15 décembre 1791, est la version américaine de notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789. Les droits reconnus sont les mêmes ( à part ceux accordés par les 9ème et 10ème Amendements qui sont spécifiques à un état fédéral ).

9 Voir l'article de Cyrille Chassagnard ( Armes & Tir n¡ 19 octobre 2000 page 46 )

10 Sauf peut-être dans certaines républiques bananièresÉ.