Véritable inventaire à la Prévert,
ce projet de loi vise à modifier partiellement le
décret-loi du 18 avril 1939, continuant ainsi une
pratique contestable qui consiste à légiférer
en matière de réglementation des armes, par voie d'Ordonnance
(ou de décret-loi) ou sournoisement. Le parlement n'est consulté
que sur des dispositions partielles et noyées parmi des mesures
sans rapport avec les armes.
L'objectif annoncé dans les motifs " renforcer
sensiblement les moyens de lutte contre la croissance du nombre
d'armes à feu, facteur d'insécurité "
est à la fois contestable et inadmissible. Contestable,
car aucune étude nationale ou internationale n'étaye
cette théorie. Au contraire, une enquête de l'ONU,
" United Nations, Economic and Social Council, ref E/CN
15/1997/4 du 7 mars 1997 ", portant sur 65 % de la population
mondiale, a conclu à l'impossibilité d'établir
des liens logiques entre l'utilisation civile des armes à
feu et les niveaux inacceptables de violence. Sans faire une étude
d'aussi grande ampleur, il est notable que des pays libéraux,
comme la Suisse ou Israël, ont un taux de criminalité
infiniment moindre que le Mexique ou la Jamaïque, où
la détention légale des armes privées est entravée.
" Les exemples américains (législation
plutôt libérale) ou russes (législation
prohibitionniste) nous convainquent que la législation
ne détermine en rien
le niveau de violence dans une société ".
Aussi, il est incompréhensible que monsieur
le Ministre de l'Intérieur puisse déclarer dans sa
conférence de presse du mercredi 14 mars 2001 que les armes
à feu " provoquent près de 4 000
décès chaque année en France, par homicide,
accident ou suicide. ", en amalgamant des faits sans
rapport entre eux, sans citer ses sources et en dramatisant exagérément
des tragédies suffisamment nombreuses, où les armes
sont peut-être le moyen, mais pas la cause.
Mais le reste des motifs " avoués "
procède de la même méthode :
- - Autorisation préfectorale pour les " magasins
destinés au commerce de détail des armes et des
munitions "
" S'il apparaît que l'exploitation
du magasin, notamment du fait de sa localisation, présente
un risque particulier pour l'ordre ou la sécurité
publics, le préfet pourra refuser l'autorisation d'ouvertureÉ pourra
retirer une autorisation antérieurement délivrée"
Après l'expérience de la manière
dont les préfectures ont traité l'application du décret
du 18 décembre 1998, le pire est à craindre.
Mais, il est stupéfiant de voir le gouvernement
reconnaître explicitement qu'il est incapable d'assurer l'ordre
sur l'ensemble du territoire.
Ces propos, pour le moins irresponsables, confortent
ceux pour qui l'argument [ de l'autodéfense] pourrait
être recevable si l'Etat négligeait d'assurer à
tous la sûreté ou s'en montrait gravement incapable ".
- Comment accepter que des zones entières du territoire
national soient soustraites aux droits naturels et imprescriptibles
garantis par notre Constitution ?
- Quelles activités économiques pourra-t-on entreprendre
dans des lieux où des commerces aussi protégés
et contrôlés que les " magasins destinés
au commerce de détail des armes " ne peuvent
s'installer " sans risques particuliers pour l'ordre
ou la sécurité publics " ?
- En quoi ces " magasins destinés au commerce
de détail ", constitueraient plus de risques
que ceux ne faisant pas de " commerce de détail " ?
- Qui est visée le commerce ou le chaland ?
2. Ð Interdiction des ventes des armes et munitions des 7 premières
catégories dans les " bourses aux armes ".
" ce qui mettra fin aux ventes illégales d'armes
et de munitions, fréquentes dans ces manifestations, appelées
" bourses aux armes ".
Nous sommes toujours dans le domaine des accusations sans preuve.
Pourtant, monsieur le Ministre de l'Intérieur devrait être
le premier informé de ces " ventes illégales ".
De plus, cet argument est spécieux. Si on
est incapable de faire respecter les lois existantes, comment appliquer
de nouvelles ?
3. Ð Interdiction des ventes des armes et munitions
des 7 premières catégories " à
distance ".
" cette disposition interdit le commerce
de détail et les ventes directes de particulier à
particulier, par correspondance, notamment sur catalogue, ou à
distanceÉ notamment les ventes sur support électronique (internet). "
Cette disposition qui empêche toutes transactions
" sans présence simultanée du vendeur
et de l'acquéreur ", porte non seulement
préjudice à toute la profession armurière,
déjà quasiment sinistrée, mais entraîne
du fait même du faible nombre de points de vente, une inégalité
entre les citoyens, selon qu'ils résident près ou
loin d'un " magasins destinés au commerce de détail
des armes ".
De plus, les effets économiques, souterrains
ou non, induits d'une telle mesure sont difficilement quantifiables.
Cette mesure vise à rendre obligatoire la
" présence simultanée du vendeur
et de l'acquéreur ", ce qui est pourtant
le cas dans les " bourses aux armes ".
Si la volonté du gouvernement n'est " pas
d'interdire la vente ou la détention de ces armes "
comme monsieur le Ministre de l'Intérieur l'a
prétendu, le 14 mars, sans toutefois donner aucune garantie,
il y a une certaine incohérence entre ces 2 dispositions !
Nous souhaitons donc, conformément aux articles
2, 3, 4, 5, 6,15, 16 et 17 de la Déclaration des Droits de
l'Homme et du Citoyen de 1789, savoir en quoi concrètement
les " bourses aux armes ", les mutations
entre particuliers et la " vente à
distance " nuisent à la société
et sur quelle base objective la nécessité
publique de leur interdiction peut être légalement
constatée ?
4. Ð Des contraintes d'entreposage sécuritaire.
" Si des règles de
conservation et d'entreposage s'imposent déjà aux
armuriers et aux particuliers détenant des armes de 1ère
ou de 4ème catégorie, il convient de les étendre
à tous les détenteurs d'armes, quelle que soit la
catégorie de ces armes. Tout détenteur d'armes et
de munitions sera concerné, ce qui le responsabilisera et
évitera ainsi vols, accidents et suicides par arme. "
Pour la 3ème fois, le gouvernement
avoue son incapacité d'assurer à tous la sûreté
et de faire respecter les lois existantes. Hors les citoyens
respectueux des lois n'exigent pas une obligation de résultat,
mais demandent une simple obligation de moyens. Ce n'est pas en
régentant la vie, dans les domiciles privés, des honnêtes
citoyens que la sécurité quotidienne sur la voie publique
sera assurée.
Comme cela est détaillé dans le bulletin
de d'avril, cette mesure de bon sens apparent, mais seulement apparent
a des incidences importantes pécuniaires d'abord, mais également
sur le plan pénal, de la responsabilité civile et
dans le domaine fiscal.
En résumé, personne ne croît
ou fait même semblant de croire que ces mesures de circonstance
peuvent avoir un effet bénéfique sur la délinquance.
Les pays, généralement anglo-saxon, qui ont adopté
les mesures les plus drastiques contre les détenteurs légaux
d'armes connaissent de façon concomitante une progression
sensible de la criminalité, y compris avec arme. Au Royaume-Uni,
qui est passé d'une culture ludique de l'arme à une
culture criminelle, pour les adolescents un " Big Mac "
ne désigne pas un hamburger, mais un Mac 10, pistolet mitrailleur
à grande cadence de tir et peu onéreux.
En effet, " l'exemple britannique nous incite
à ne plus hésiter ", adoptons un droit cohérent,
rigoureux mais libéral des armes.